Paul Van Hoeydonck s’invite à Gembloux

Un article de Julie Delbouille publié dans le 15e Jour du mois d’octobre.

Dès le 29 octobre prochain, le site de Gembloux accueillera une nouvelle exposition consacrée à l’artiste belge Paul Van Hoeydonck : Histoire naturelle. Principalement lovées au coeur des bâtiments historiques du campus – dont l’ancien palais abbatial, la crypte ou encore le cloître –, les oeuvres visionnaires du plasticien emmènent le visiteur à la frontière entre l’art, la science et le rêve.

En août 1971, lorsque l’équipe de la mission Apollo 15 foule le sol lunaire, elle y dépose une petite sculpture figurant une silhouette humaine : baptisé Fallen Astronaut, cet hommage aux astronautes disparus au cours de la conquête spatiale est signé Paul Van Hoeydonck. Célèbre pour être la seule oeuvre d’art envoyée dans l’espace, elle ne constitue pourtant qu’un des nombreux témoins de la riche production de l’artiste anversois. Docteur honoris causa de l’université de Liège depuis 2012, Paul Van Hoeydonck voit son parcours se cristalliser au début des années 1960 : exposé au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, il vend alors sa première oeuvre au Moma de New York et décide de se consacrer exclusivement à sa carrière d’artiste.

Emprunte d’un enthousiasme passionné pour les premiers voyages dans l’espace, aujourd’hui tempéré à l’aulne des conflits qui secouent l’humanité, sa production oscille entre science-fiction et prémonition. Des Planètes inhabitées aux Villes futuristes, de l’Homo Spatiens aux Space Accidents, celui que le critique d’art Pierre Restany qualifiait d’archéologue du futur semble nicher l’avenir de l’homme au creux des étoiles.

Mais comme en témoigne Histoire naturelle, les créations de Van Hoeydonck ne peuvent se résumer à ces quelques séries incontournables : l’exposition présente également des oeuvres moins connues, voire inédites. D’un lieu à l’autre, la blancheur immaculée des sculptures accroche le regard et se heurte au contraste éclatant des pigments colorés. Aux corps cinglés de rouge des Astro Maternity et Accident succèdent de surprenantes statues de bronze, évocations hybrides de l’homme et de la machine. Au détour d’un vitrail, le visiteur rencontre les visages d’Histoire naturelle, pièce éponyme de l’exposition ; le pas se fait plus lent sous le regard pénétrant de ces bustes au teint de porcelaine, drapés de couleurs fortes. Cet ensemble d’oeuvres résolument actuelles, où peinture et sculpture s’entrelacent, s’intègre harmonieusement aux murs chargés d’histoire de Gembloux Agro-Bio Tech.

Eric Haubruge

Vice-recteur

« Inviter l’art au sein d’un campus universitaire où l’enseignement et la recherche règnent en maître de puis plus de 150 ans, c’est bousculer les règles, perturber les habitudes, sortir des sentiers battus, se remettre en question. »

Une telle exposition au sein d’un campus scientifique n’est pas le fruit du hasard. Elle s’inscrit dans une volonté de la Faculté de croiser l’art et la science, volonté déjà initiée en 2009 : à l’occasion du 150e anniversaire de la fondation de l’Institut agricole, le site avait accueilli en résidence l’artiste Didier Mahieu et son exposition Scaphandre.

Organisée par le Musée en plein air du Sart-Tilman, Histoire naturelle poursuit cette démarche, sous la houlette du même commissaire d’exposition, le vice-recteur Eric Haubruge. Passionné d’art contemporain, il rappelle qu’inviter l’art au sein d’un campus universitaire où l’enseignement et la recherche règnent en maîtres depuis plus de 150 ans, « c’est bousculer les règles, perturber les habitudes, sortir des sentiers battus, se remettre en question ». Et le choix du second commissaire d’exposition ne fait que confirmer l’interdisciplinarité du projet, puisque le vice-Recteur collabore avec Willy Van Den Bussche, concepteur du Musée d’art moderne sur mer et du Musée Constant Permeke, ainsi que fin connaisseur de l’oeuvre de Van Hoeydonck.

En conviant au sein de l’Université une des grandes pointures de la création belge contemporaine, Histoire naturelle fait le pari d’instaurer un dialogue entre les questionnements soulevés par la sphère artistique et les recherches émanant du monde universitaire. Une invitation à franchir les frontières, en somme.

Julie Delbouille
Article publié dans le 15e Jour du mois d’octobre.

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Histoire naturelle : quand l’art rencontre la science, un article de Julie Delbouille publié sur le site Culture de l’Université de Liège. 

« Paul van Hoeydonck, l’archéologue du futur », un article de Willy van den Bussche publié sur le site Culture de l’Université de Liège.