Paul Van Hoeydonck

Formé de 1949 à 1953 à l’Institut Supérieur d’Art et d’Archéologie d’Anvers, Paul Van Hoeydonck s’est toujours efforcé de situer les choses dans leur contexte historique.

C’est le célèbre critique d’art Pierre Restany qui, en 1964, l’a appelé l’archéologue du futur. Cette formule constitue la synthèse paradoxale de l’œuvre de l’artiste. Il s’agit d’une œuvre où l’avenir de l’homme, réduit à un certain nombre d’archétypes revêtant un caractère prophétique, est situé dans l’espace. Réalité qui, pour Paul Van Hoeydonck, va toujours de pair avec la science-fiction, préfiguration de la réalité.

Dans un premier temps, l’autodidacte Van Hoeydonck semblait vouloir se concentrer sur l’art phénoménologique en produisant des toiles figuratives, sans relief, où se marque une nette préférence pour l’agencement géométrique.

Il n’est pas étonnant, dès lors, que le choix des sujets s’inspirait essentiellement de l’architecture.

À force d’abstraire la réalité, il en arrivera finalement à une négation totale de celle-ci, ne gardant, à partir de 1954, que la seule représentation, l’abstraction pure.

Van Hoeydonck, en effet, a réduit les formes géométriques, à un jeu d’ombre et de lumière, faisant surgir de la toile des vibrations de lumière par la technique monochrome, les light-works.

Dès 1957, son œuvre devient à nouveau figurative par la visualisation du cosmos au travers d’un mode d’expression adapté à l’imagination humaine. Pour trouver une expression plus concrète encore, Van Hoeydonck intégrera également des petites structures en plexi dans ces reliefs pratiquement incolores.

La période 1957-61 peut être considérée comme celle de préparation à la carrière spatiale de l’artiste. Une nouvelle réalité surgit de la concrétisation de l’immatériel, donnant forme aux théories de la relativité d’Einstein. Sous nos yeux, le matériel devient immatériel, l’espace devient visible. Lucio Fontana un jour dit à l’artiste : « … moi je pratique des ouvertures dans l’espace. Toi, tu montres ce qui se cache derrière. »

Lorsque les light-works seront tournés en dérision — l’opinion trouvant que ces œuvres finalement ne montraient rien — Paul Van Hoeydonck se mit à produire avec humour et sarcasme ses Boîtes à monocles (1960-1961), remplissant de verres à lunettes et de clous ces étuis précieux, destinés à conserver des objets nobles.

Il y déposait, à côté des verres à lunettes et sur un velours très doux, des roses en papier. Il veut capter l’attention du public sur un mode ironique. Mais les œuvres trouvaient cependant une justification plastique et poétique : l’artiste fermait les yeux sur ce qu’il faisait.

C’est à cette occasion que devait se manifester pour la première fois avec éclat les talents « d’assembleur » de l’artiste. Il avait déjà réalisé entre 1954 et 1956 des jouets en relief, mais les formes géométriques y prédominaient encore.

1961 est une année-clé dans la vie de l’artiste. Au début de l’année, il remplit trois grandes salles du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, le long de la rue Royale, de ses lightworks et de quelques Villes de l’Avenir, dont les premières avaient été créées dès 1959 et qui arrivaient alors à maturation. Les œuvres étaient conçues comme des bas-reliefs, construites avec des clous, des fils, des crochets, répartis au hasard sur l’ensemble de la surface, dans une tonalité uniforme noire ou blanche. A nouveau, l’intervention de la lumière se révèle indispensable pour éprouver la spatialité.

Cette grande exposition à Bruxelles lui ouvre les portes de la Galerie Iris Clert à Paris. Il a droit à une exposition individuelle qui débouche sur sa première vente au Museum of Modern Art de New York.

La même année, il franchit pour la première fois l’océan et se rend personnellement à New York. Il abandonne son boulot alimentaire de représentant chez Esso au port d’Anvers pour se consacrer entièrement à son art.

Entre 1960 et 1963, l’œuvre de Van Hoeydonck évolue très rapidement, l’artiste puisant à pleines mains dans les ready-mades. C’est ainsi qu’après les Boîtes à monocles, si raffinées et si ironiques, il crée les Bonshommes faits de blocs de bois et d’objets en fer mal dégrossis. Il s’agit de créatures robotiques qui évoquent des humanoïdes, préfiguration de son futur « Homo spatiens »..

Presque simultanément devaient paraître les Planètes inhabitées, œuvres dans lesquelles l’artiste fait naître des volcans et des cratères par un procédé qui rappelle celui de la nature : des réactions chimiques provoquées par la peinture synthétique.

En opposition avec Ses œuvres blanches, des couleurs vives et criardes prédominent à présent dans ses nouvelles créations. Même si blanc conservera toujours la primauté dans ses créations, Paul Van Hoeydonck aura recours plus tard — et surtout pour ses tableaux —, à des couleurs très fortes.